Le pardon de Notre-Dame-du-Haut à Trédaniel (Côtes d’Armor) :
A noter : Notre saint s’appelle ici Yvertin ou Livertin et fait partie d’un petit groupe de saints guérisseurs.
La chapelle avait été fermée pendant la Révolution. Elle fut ré-ouverte en 1806 et restaurée en 1884. Au même moment, le culte du saint et de ses compagnons guérisseurs réapparaissait dans la chapelle.
Le Goffic écrit dans L’âme bretonne* :
S’il y a un pays qui fasse mentir le proverbe : « Il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints », c’est bien celui-ci. On dirait que, par un sentiment d’humilité touchante, les Bretons n’osent s’adresser directement à la puissance suprême. Plus familiers avec les saints, ils les chargent volontiers de leurs commissions près du bon Dieu. La Villemarqué raconte qu’il se promenait un jour aux environs de Quimper, un livre à la main, quand il croisa un paysan qui lui dit :
« — C’est la Vie des saints que vous lisez là ? »
« Un peu surpris de l’apostrophe, dit La Villemarqué, je demeurai silencieux, réfléchissant à cette opinion des paysans bretons selon lesquels la Vie des saints est la lecture habituelle de quiconque sait lire et, comme mon interlocuteur réitérait sa demande :
« — Mais oui, lui répondis-je pour entrer dans ses idées, il est quelquefois question des saints dans ce livre.
« — Et quel est celui dont vous lisez la vie ? continua-t-il obstinément.
« Je lui citai au hasard le nom d’un saint quelconque et je crus avoir contenté sa curiosité, mais je n’avais pas satisfait sa foi.
« — Et à quoi est-il-bon ? me demanda-t-il. »
C’est qu’en effet, aux yeux de ce peuple, tout saint doit être « bon » à quelque chose. Vous reconnaissez là l’idée polythéiste, toujours vivante en Bretagne. Au vrai les saints bretons ne sont pas sensiblement différents des petits dieux du paganisme ; ils ont les mêmes attributs, les mêmes fonctions domestiques ; on les honore, on les récompense, on achète leurs faveurs de même sorte …..
…Il y a du reste, en Bretagne, autant de façons d’honorer les saints qu’il y a de saints eux-mêmes….Saint Yvertin est sensible à l’hommage d’une couronne de petits cierges dont on s’est préalablement entouré la tête »
Cantique des saints de Notre-Dame-du-Haut (approuvé par l’évêché en 1919)
(Air
: "Nous venons encore ...")
Près de vous Marie
Les Saints protecteurs
De nos maladies
Calment les douleurs
En pèlerinage
Nous venons encor
Offrir nos hommages
Aux vieux saints d'Armor.
Hervé, de l'atteinte
Des loups destructeurs
Conserve sans crainte
Troupeaux et pasteurs (refrain).
Sois dans la souffrance,
O saint Yvertin
La douce espérance
Du vieux pèlerin (refrain).
Ami véritable
Mamers en ce jour
Au pauvre malade
Donne prompt secours (refrain).
Les douleurs de tête.
Arrête le cours
Tujeanne en ta fête
Guéris-nous toujours (refrain).
Pour les yeux malades,
De vos pèlerins
Soyez charitables
Saint Clair, saint Lubin (refrain).
De la faible enfance
Saint Méen le protecteur
Guéris la souffrance
Et taris les pleurs (refrain).
Hubert, des morsures
Des chiens dévorants
Ton égide sûre
Garde tes enfants (refrain).
La fontaine**, non loin de la chapelle était dédiée à sainte Ujane (ou Tujeanne)
qui avait les mêmes pouvoirs sur les migraines que saint Yvertin. « Cette
fontaine guérissait donc les migraines : avant de boire, les pèlerins
s'entouraient la tête, faisaient brûler des petits cierges sur le bord de la
fontaine, puis y jetaient des épingles. »
En 1939, Marie Drouart écrit*** :
« Notre-Dame-du-Haut, de Trédaniel, connait les grandes affluences de pèlerins venus par les chemins ombreux et rocailleux….qui montent insensiblement jusqu’au placître où elle s’élève….
Un malade qui souffre du ventre s’approche du bedeau :
- Je veux allumer devant saint Mamert.
Le bedeau déroule un rat de cire, prend la mesure du ventre malade, calcule et, coupant la longueur voulue, répond :
-Voilà, il y en a pour tant…
Quelquefois, des discussions s’élèvent sur le prix trop élevé, mais il finit toujours par être payé et le pèlerin va allumer son morceau de rat devant la statue du saint spécialiste.
Si au lieu du ventre, c’est la tête qui souffre, on prend la mesure de la tête, et, c’est devant saint Livertin que brûle le cordon de cire »
Aujourd’hui, le pardon de Notre-Dame–du-Haut a lieu le 15 août et est dédié à Notre-Dame bien sûr et aussi à l’ensemble des saints guérisseurs.
* Charles Le Goffic. L’âme bretonne. Paris : Champion, 1902. Voir le texte très intéressant de Charles Le Goffic sur les saints bretons en consultant cet ouvrage dans le signet Documents
** R. Couffon. Répertoire des églises et chapelles du diocèse de St Brieuc et Tréguier. 3ème fascicule, 1941
*** Marie Drouart. Les Saints guérisseurs, les saints protecteurs et les saints qui regardent de travers (Haute-Bretagne). Vitré : ed. Unvaniez Arvor, 1939